La guerre de l'anonymat

Culture web
Par rvalentin
14 novembre 2013
Anonyma Google Youtube

Actuellement, les débats autour de l’anonymat sur internet font rage. Deux sujets en particulier font parler d’eux. Il s’agit de Youtube, nouvelle bête noire des internautes ainsi que la Commission « Libertés Civiles » et son rapport de protection des données personnelles. Le premier sujet, sur Youtube, vous montrera un coup audacieux de Google pour développer son réseau et récupérer nos informations. Le second sujet, sur « Libertés Civiles » mettra en exergue les tentatives et entraves pour protéger nos métadonnées.

Youtube

Le changement, c’est maintenant !

Commençons par un petit rappel de ce qu’est Youtube

Youtube est un site web d’hébergement de vidéos sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et partager des séquences vidéo. » Wikipédia

L’une de ses caractéristiques principales était de pouvoir déposer des commentaires anonymes en utilisant un pseudonyme. Cependant depuis le 7 novembre 2013, suite à la fusion de Youtube et de Google +, la notion d’anonymat a disparu. En effet, il est maintenant obligatoire de posséder un compte Google + pour pouvoir poster des commentaires et ainsi afficher sa véritable identité.

Transition difficile

Youtube s’est heurté à une levée de bouclier, plus de 113 000 personnes ont signé une pétition sur Change.org pour que l’ancien système de commentaire soit réactivé.
L’hébergeur de vidéo justifie son choix de modifier l’interface des commentaires pour les raisons suivantes :

  • stopper les commentaires trolls
  • arrêter les spams
  • accroître la qualité des échanges informatifs de la communauté

De plus, le classement des commentaires a été réorganisé. Préalablement chronologiques, ils seront désormais classés par pertinence, en se basant sur différents critères tels que des +1 attribué, le nombre de réponses, …
L’idée ici, dit Youtube, est de s’assurer que « les commentaires de son réseau seront des conversations qui comptent pour vous ».
En principe, il s’agit d’une bonne initiative. On peut comprendre que Youtube souhaite proposer un meilleur service à sa communauté. J’insiste sur le « En principe », car la fusion Google + Youtube apporterait peut-être plus de bénéfices financiers qu’une amélioration de la communauté.

Ce qui effraie

Google + est un réseau social qui petit à petit monte en puissance, et quoi de mieux que d’imposer une inscription à Google + pour doper son nombre d’inscriptions?

Un autre point à souligner et non des moindres, est effectivement la perte de l’anonymat. Internet s’est construit sur ce concept d’anonymat, où l’internaute peut surfer, échanger, regarder en toute discrétion et intimité.
La notion d’anonymat sert également à nous protéger, à nous placer sur un pied d’égalité avec les autres cybernautes.
Désormais, avec nos identités dévoilées sur Youtube, on peut craindre que nos métadonnées soient conservées et utilisées dans le cadre d’opérations commerciales.
Concrètement, Google va être en mesure d’analyser le sujet d’une vidéo que vous avez commenté et vous proposera par la suite diverses publicités liées à cette thématique.
L’hébergeur de vidéo risque d’être un puissant outil de marketing pour Google, qui pourra personnaliser sa publicité en fonction de sa cible.
Il faut savoir que la récolte de nos métadonnées par des entreprises commerciales qui vont nous « vendre » est chose courante sur internet. C’est même devenu un business à part entière.
Par conséquent, comment faire pour se protéger? 

Que fait la Loi?

Commission des Libertés Civiles

Le 21 octobre, un vote d’amendements de compromis sur la protection de la vie privée numérique s’est déroulé au sein de la commission « Libertés Civiles » du Parlement européen. Un pré-rapport en est ressorti difficilement, dû à des pressions de la part des Etats-Unis.
La complexité de cette affaire résulte d’un lobbing américain envers l’Europe, qui s’oppose à la mise en place du nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles.
En effet, les Etats-Unis soutiennent et pratiquent un modèle économique sur l’exploitation des données personnelles.
Finalement, un texte de loi va imposer aux entreprises non européennes (Américaines du coup) de respecter la nouvelle notion de « consentement explicite » de l’internaute sur la collecte de ses données privées. Des amendes s’appliqueront en cas de non-respect du consentement.

Encore du travail

Il reste des failles à combler sur ce pré-rapport, précisément sur « l’intérêt légitime » et la « pseudonymisation » des données.
Entre autre, « Libertés Civiles » a fait le choix d’accepter l’ouverture de négociations triparties secrètes. Les trois parties représentées par le Parlement Européen, la Commission, le Conseil Européen devront se mettre d’accord sur les dispositions à prendre pour protéger la vie privée du citoyen.
En attendant, vous pouvez trouver des conseils et outils de protection de votre anonymat dans notre précédent article.

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